Non, vendre un logement classé F ou G n'est pas interdit en 2026 — cette confusion, très répandue, mélange l'interdiction de louer avec la vente. Ce qui est bien réel, en revanche, c'est la décote que le marché applique à ces biens, l'audit énergétique désormais exigé pour une partie d'entre eux, et une réforme du DPE qui change la donne pour les logements chauffés à l'électricité depuis le 1er janvier 2026.

Illustration: DPE F et G, vendre sans forte décote en 2026
© LaRochelle-Immo.fr

1. Ce qui est interdit en 2026 — et ce qui ne l'est pas

La loi Climat et Résilience de 2021 a instauré un calendrier progressif d'interdiction de location des logements les plus énergivores, mesurés par leur consommation en énergie primaire:

Classe DPEInterdiction de location (métropole)
GDepuis le 1er janvier 2025
FÀ partir du 1er janvier 2028
EÀ partir du 1er janvier 2034

Calendrier fixé par la loi Climat et Résilience (2021), calendrier décalé en outre-mer (G en 2028, F en 2031, E en 2034). Source: service-public.fr.

Cette interdiction ne concerne que la mise en location d'un bien comme résidence principale du locataire. Il n'existe aucune interdiction de vendre un bien F ou G, quelle que soit sa classe: vous pouvez vendre votre bien sans restriction, à condition de fournir les diagnostics obligatoires à l'acheteur, DPE en tête.

Pourquoi la confusion est si fréquente. Le durcissement du DPE a été communiqué presque exclusivement sous l'angle locatif (bailleurs, locataires, gel des loyers des passoires depuis août 2022), ce qui a nourri l'idée diffuse — et fausse — d'une interdiction générale de vendre. Ce que la loi impose réellement au vendeur, c'est une information renforcée de l'acheteur, pas un blocage de la transaction.
Actualité à suivre (juillet 2026): un assouplissement voté au Sénat, pas encore en vigueur. Le 8 juillet 2026, le Sénat a adopté en première lecture un projet de loi Logement dont l'article 6 prévoit de réautoriser la location des logements classés F ou G, à condition que le propriétaire s'engage sur un contrat de travaux de rénovation énergétique — une mesure qui concernerait environ 700 000 logements. Ce texte n'est pas promulgué: transmis à l'Assemblée nationale le 9 juillet 2026, son examen est attendu à la rentrée, et son adoption reste incertaine faute de majorité absolue à l'Assemblée. Tant qu'il n'est pas définitivement adopté, le calendrier d'interdiction de location présenté ci-dessus (G depuis 2025, F dès 2028) reste le droit en vigueur.

2. L'audit énergétique obligatoire à la vente: qui est concerné

Ce qui a réellement changé pour les vendeurs, c'est l'obligation de fournir un audit énergétique réglementaire, en plus du DPE, pour certains biens:

L'audit énergétique va plus loin que le DPE: il chiffre au moins deux scénarios de travaux possibles, avec leur coût estimé et leur effet sur la classe énergétique finale. Il coûte en général entre 500 € et 1 200 € pour une maison individuelle standard (davantage pour un bien atypique ou de grande surface), et reste valable 5 ans. Il n'empêche pas la vente: il l'accompagne, en informant précisément l'acheteur des travaux à prévoir.

3. Combien perd-on vraiment à la vente?

C'est le cœur du sujet pour un vendeur: l'étude annuelle « valeur verte » du Conseil supérieur du notariat, qui compare le prix au m² de logements vendus à surface et localisation comparables selon leur classe énergétique, permet de chiffrer précisément l'effet du DPE sur le prix.

Écart de prixDécote moyenne
Par classe DPE perdue — appartement-4 %
Par classe DPE perdue — maison-8 %
Maison classée G vs D (moyenne nationale)-25 %
Appartement classé G vs D (moyenne nationale)-12 %
Appartement classé A-B vs marché (prime)+16 %

Source: Notaires de France, étude « valeur verte », transactions 2024. Ces écarts moyens masquent de fortes disparités régionales: environ -2% seulement à Paris (marché tendu, rareté de l'offre), jusqu'à -25% en Bretagne, -23% en Normandie, -21% dans le Centre-Val de Loire.

Cette dernière ligne est essentielle à comprendre: plus l'offre est abondante et le marché détendu, plus la décote se creuse — l'acheteur a le choix, et peut négocier. À l'inverse, dans un marché tendu où les biens se font rares, la décote s'atténue nettement, l'acheteur ayant moins de biens de repli.

4. Le cas de La Rochelle: un patrimoine ancien, mais pas une fatalité

La Rochelle compte un parc de logements particulièrement ancien: 77% du parc a été construit avant la première réglementation thermique (1974), une proportion qui explique la présence de nombreux logements classés E, la classe la plus représentée après le D. Sur environ 15 000 DPE réalisés dans la commune depuis 2013, on recense 8,2% de passoires énergétiques (F/G) parmi les appartements anciens, et 38,2% classés énergivores; les maisons anciennes s'en sortent un peu mieux (7,7% de passoires, 32,1% d'énergivores).

Vieux-Port et secteur sauvegardé: une contrainte, pas une excuse. Les immeubles de pierre du centre historique rochelais posent un défi spécifique: une isolation par l'extérieur y est souvent incompatible avec la préservation des façades, encadrée par un document d'urbanisme (OAP) qui régule la rénovation des toitures, murs, fenêtres et façades à l'échelle de toute l'agglomération. Un décret du 16 août 2023 prévoit d'ailleurs une dérogation à l'obligation locative lorsque les travaux nécessaires modifieraient l'aspect extérieur d'un bâtiment en secteur protégé, sous réserve de l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France. Cette dérogation ne concerne toutefois que la location, pas la décote constatée à la vente, qui reste, elle, bien réelle.

5. La réforme du DPE 2026: un rattrapage pour l'électrique

Annoncée en juillet 2025 par le Premier ministre de l'époque et entrée en vigueur le 1er janvier 2026, une réforme du mode de calcul du DPE corrige un biais qui pénalisait depuis des années les logements chauffés à l'électricité. Le coefficient de conversion de l'énergie primaire, qui convertit l'électricité consommée en énergie « comptée » dans le DPE, passe de 2,3 à 1,9 — une correction destinée à mieux refléter la réalité du mix électrique français, largement décarboné grâce au nucléaire.

Conséquence directe: environ 850 000 logements, principalement chauffés à l'électricité, sortent mécaniquement du statut de passoire énergétique (étiquettes F et G) sans le moindre euro de travaux. Si vous vendez un bien chauffé à l'électricité classé F ou G avant fin 2025, il vaut la peine de faire réaliser un nouveau DPE après le 1er janvier 2026: le gain de classe peut être immédiat.

6. Rénover avant de vendre: un calcul à faire, pas un réflexe

Un exemple documenté dans la région (maison de 116 m² classée F, à Dompierre-sur-Mer, à 5 minutes de La Rochelle, affichée à 426 000 €) illustre bien l'arbitrage: des travaux chiffrés entre 35 000 € et 45 000 € permettent de passer la maison en classe D. Après déduction des aides disponibles (MaPrimeRénov', certificats d'économie d'énergie — environ 10 000 € cumulés), le reste à charge se situe entre 25 000 € et 35 000 €. Le gain de valeur, à 20% selon la « valeur verte » des Notaires pour un passage de F à D, aboutit à un gain net de 66 000 à 77 000 € une fois les travaux déduits.

L'agglomération de La Rochelle propose par ailleurs une aide rénovation bas carbone pouvant atteindre 7 000 €, ouverte aux propriétaires occupants sans condition de revenus, sous réserve d'un projet incluant au moins deux postes de travaux compatibles BBC — à cumuler avec les aides nationales.

Vendre en l'état

Pas de délai de travaux, pas d'avance de trésorerie, mais une décote à intégrer dès la fixation du prix — et un argument de négociation que l'acheteur ne manquera pas d'utiliser, DPE et audit énergétique à l'appui.

Rénover avant de vendre

Un investissement et un délai à anticiper, mais un gain net possible si le montant des travaux (aides déduites) reste inférieur au gain de valeur estimé. Un calcul à faire bien par bien, jamais un réflexe automatique.

Foire aux questions

Est-il interdit de vendre un logement classé F ou G en 2026?

Non. L'interdiction instaurée par la loi Climat et Résilience concerne la location, pas la vente: elle s'applique aux logements classés G depuis le 1er janvier 2025, et s'appliquera aux logements classés F à partir du 1er janvier 2028. Un bien F ou G reste vendable sans aucune restriction légale, sous réserve de fournir les diagnostics obligatoires, dont l'audit énergétique le cas échéant.

L'audit énergétique est-il obligatoire pour vendre un bien F ou G?

Oui, mais seulement pour les maisons individuelles et les immeubles en monopropriété classés F ou G (obligation en vigueur depuis le 1er avril 2023), ainsi que pour la classe E depuis le 1er janvier 2025. Les appartements vendus en copropriété ne sont pas soumis à cette obligation d'audit, seul le DPE classique reste requis.

Quelle est la décote réelle d'un bien classé F ou G à la revente?

Selon l'étude « valeur verte » des Notaires de France sur les transactions 2024, chaque classe DPE perdue coûte en moyenne 4% sur un appartement et 8% sur une maison. Au global, une maison classée G se vend en moyenne 25% moins cher qu'une maison équivalente classée D, et un appartement G environ 12% moins cher qu'un appartement D. Ces écarts varient fortement selon les régions: environ -2% seulement à Paris, jusqu'à -25% en Bretagne.

La réforme du DPE en 2026 change-t-elle la donne pour les logements chauffés à l'électricité?

Oui. Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité utilisé dans le calcul du DPE a été abaissé de 2,3 à 1,9, pour mieux refléter la réalité du mix énergétique français. Cette évolution permet à environ 850 000 logements chauffés à l'électricité de sortir du statut de passoire énergétique (étiquettes F et G) sans le moindre euro de travaux.

Existe-t-il des exceptions pour les logements anciens ou situés en secteur protégé, comme le Vieux-Port de La Rochelle?

Oui, pour la location: un décret du 16 août 2023 prévoit une dérogation lorsque les travaux nécessaires modifieraient l'aspect extérieur d'un bâtiment situé en secteur sauvegardé ou aux abords d'un monument historique, sous réserve de l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France. Cette dérogation ne s'applique toutefois qu'à l'obligation locative, pas à la vente elle-même, qui reste libre quelle que soit la classe DPE.

Vaut-il mieux rénover avant de vendre un bien classé F ou G?

Cela dépend du montant des travaux nécessaires rapporté au gain de valeur estimé. Un exemple régional documenté (maison de 116 m² près de La Rochelle) montre un gain net de 66 000 à 77 000 € après déduction du coût des travaux et des aides publiques, pour un passage de la classe F à D. Ce calcul reste propre à chaque bien: c'est une estimation chiffrée, pas un réflexe automatique.

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Sources et données: calendrier d'interdiction de location par classe DPE (loi Climat et Résilience 2021, service-public.fr) ; obligation d'audit énergétique à la vente (service-public.fr, apres-mon-dpe.fr) ; décote « valeur verte » par classe DPE (Notaires de France, étude sur les transactions 2024) ; réforme du coefficient de conversion de l'électricité dans le DPE au 1er janvier 2026 (info.gouv.fr, communiqué du 9 juillet 2025 ; economie.gouv.fr) ; dérogation pour bâtiments en secteur protégé (décret du 16 août 2023) ; données DPE et parc de logements de La Rochelle (heero.fr, données Insee et Observatoire DPE, consultées le 24/07/2026) ; exemple chiffré de rénovation énergétique en Charente-Maritime (heero.fr) ; aide rénovation bas carbone de l'Agglomération de La Rochelle (agglo-larochelle.fr) ; projet de loi Logement adopté en première lecture au Sénat le 8 juillet 2026, non promulgué à ce jour (franceinfo.fr, actu-environnement.com, consultés le 24/07/2026).